De cet auteur je vous ai déjà signalé « A contre-courant » et « Nord-Est ».Aujourd’hui il s’agit de son roman de 2011 .
Guernica,
mai 1937. Basilio jeune peintre autodidacte passe son temps à observer
dans les marais les hérons cendrés. Il s’acharne à rendre par le pinceau
la vie, la beauté de ces oiseaux hiératiques.
Pourtant,
c’est à Paris que nous le montrent les premières pages. Car le Père
Eusebio, à Guernica, a su convaincre Basilio de se rendre, en Mai 1937,
à l’inauguration de la Première Exposition universelle des Arts et
Techniques. « As-tu déjà entendu parler de Picasso ? Eh bien il parait
qu’il veut réaliser pour le pavillon espagnol une œuvre sur ce qui s’est
passé ici, à Guernica. »
Basilio
ira à Paris pour savoir ce qu’un peintre, Picasso, qui n’est pas encore
célèbre, a peint au sujet de Guernica, où il n’était pas, lui, le jour
du marché , le 26 avril 1937.Et puis il emmènera sa peinture avec lui :
« Ce jour_là il y aura la présentation du tableau à la presse et Picasso
sera forcément là. Peut-être qu’il voudra y jeter un coup d’œil ? »
Ce qu’il en fut de la rencontre devant le tableau entre le peintre et le garçon, les dernières pages du livre nous le diront.
Entre
temps il nous faut entrer dans le village de Guernica, suivre ses
habitants dans leur quotidien à peine troublé par la proximité de la
guerre civile, être près de Basilio lors de ses face à face avec « son »
héron. Avec lui il nous faut écouter l’approche d’un avion, sentir le
souffle de la déflagration alors qu’il vient de larguer ses
bombes …Assister à l’horreur alors que nul quartier n’échappera « au fer
et au feu qui dégringolent des nuages.
Sur
ces tragiques évènements, l’approche de l’auteur est singulière. Et
comme à l’accoutumée son style sobre, où n’entre nul discours parasite,
suffit à montrer l’enjeu du récit. Il me semble ici que se répondent des
oppositions . Entre la tranquillité de la petite ville basque et sa
dévastation soudaine ? Entre la ferveur discrète d’un peintre amateur,
et le surgissement de l’une des œuvres les plus célèbres du monde ?
Peut-être
s’agit-il, plus largement, du regard posé sur la manière dont s’impose
l’Histoire sur nos vies , fragiles mais immensément porteuses d’infini.
Marie Thérèse
https://www.youtube.com/watch?v=6SCLLhdhNpI